Comment une photo satellite de la NASA embrase l'écolosphère

Comment une photo satellite de la NASA embrase l'écolosphère

> Alors qu'en cette fin d'août, la réunion du G7 sert de plate-forme au Président Macron pour fustiger la politique environnementale de son homologue brésilien,  la publication d'une photo satellite de NASA montrant les départs de feu à la surface du globe soulève une polémique plus vaste. L'Afrique semble largement plus touchée que l'Amazonie et de nombreux internautes s'en émeuvent.

> Pour Tosi Mpanu Mpanu, ambassadeur et négociateur climat pour la République démocratique du Congo (RDC) aux conférences climat des Nations unies. « En Amazonie, la forêt brûle essentiellement à cause de la sécheresse et du changement climatique. Mais en Afrique centrale, c’est essentiellement dû aux techniques agricoles », explique-t-il. L'écobuage qui constitue un système de cultures bien adapté aux plantes à tubercules (manioc, patate douce, pomme de terre, igname, taro, etc...) et certaines plantes exigeantes, comme le maïs, est largement pratiqué à cette époque de l’année dans les pays les plus touchés (Angola, Zambie,... ).

> Il n’en reste pas moins que la pratique millénaire et artisanale d’essartage (agriculture itinérante sur brûlis) reste malgré tout la première cause de la déforestation. Alors qu’une parcelle déboisée n’est exploitable que quatre à 5 ans en raison de la chute rapide des rendements, sa régénération réclame dix fois plus de temps. Par manque de terres arables, il n’est plus rare que ce délai ne soit pas respecté, favorisant ainsi l’épuisement rapide des sols. En outre, en RDC où seulement 9% de la population a accès à l'électricité, ses habitants n'ont que le (charbon de) bois pour faire bouillir la marmite. Or, selon Alain Kersanty, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, il existe « une corrélation très forte entre la densité démographique rurale et les niveaux de déboisement » de très mauvais augure.

> « On estime que le couvert forestier de la RDC est passé de 67 % à 54 % du territoire entre 2003 et 2018 », explique l’ambassadeur Tosi Mpanu Mpanu. « La RDC a pris un engagement international de stabiliser son couvert forestier à 63,5 % de son territoire (2,3 millions de km²). Et l’on est en train de perdre ce combat-là », regrette-t-il.  La RDC, où 90% des exportations de bois sont informelles, a officiellement décrété un moratoire sur l’octroi de nouvelles concessions forestières aux industriels du bois.
« Mais le code forestier permet la coupe artisanale. Il y a beaucoup d’opérateurs, les Chinois pour ne pas les citer, qui donnent de l’argent pour pouvoir utiliser le permis de coupe des communautés villageoises », déplore le négociateur climat pour la RDC.

> « Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100 », s’est inquiété récemment le président Félix Tshisekedi. À l’heure où les zones boisées rétrécissent comme des peaux de chagrin dans les pays voisins (République du Congo, Gabon, Cameroun, ...) et que chacun s’accorde sur la nécessité de préserver les forêts tropicales humides, puits de carbone indispensables et écrins d’une biodiversité incroyable, l’absence de stratégie collective cohérente que ce soit à l’échelon régional, national ou international conduit à une accélération du processus de dégradation déjà dénoncé depuis près d’un siècle.

> Afin de freiner cette évolution, aider les populations rurales à valoriser les zones de forêts avoisinantes, diminuer la dépendance énergétique des populations urbaines au charbon de bois et mieux en contrôler les circuits de production sont des mesures de bon sens urgentes.