Glossaire

« Utiliser le bon mot, la bonne notion, le bon concept, avec la définition la plus couramment acceptée, ou mieux avec la définition la mieux acceptée et comprise relève parfois de l’exploit, … »
                                                     
 Patrick Triplet.

> Par cette citation, je souhaite rendre un vibrant hommage au travail de Titan réalisé sur plus de dix ans par ce biologiste, docteur en écologie dont l’ouvrage "Dictionnaire encyclopédique de la diversité biologique et de la conservation de la nature" constitue la source de très nombreuses définitions présentes dans ce glossaire. Utiliser un langage dont les mots recouvrent des concepts clairement définis permet à chacun d’aborder et de comprendre des domaines qui ne sont pas forcément de sa compétence.

> Ce glossaire qui regroupe plus de 6 000 définitions accompagnées de leur traduction anglaise est là pour vous y aider. Il couvre les domaines complémentaires que sont la Géographie, l’Écologie et l’Économie, sans oublier de faire un petit détour par la Finance qui régit dans l’ombre une bonne part de notre existence.

> Par lui-même, de définition en définition, ce glossaire vous invite à explorer l’univers riche de la conservation des milieux naturels, d’en comprendre les mécanismes et les enjeux.

À toutes et tous, nous souhaitons : “Excellente lecture et bon voyage”.

Sixième extinction

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Terme Définition
Sixième extinction

♦ Les médias ont récemment popularisé l’idée que le monde animal était « à l’aube d’une sixième extinction », cependant, le processus est beaucoup plus ancien et lié à l’expansion d’Homo sapiens à la surface du globe. Cela est manifeste si on considère la grande faune. Qualifier le phénomène de « Blitzkrieg » (« guerre éclair ») comme cela a été proposé est par contre probablement quelque peu exagéré, sauf si on le considère à l’échelle géologique. Les extinctions de masse dues à l’être humain ne se sont vraisemblablement pas produites en l’espace d’un seul millier d’année comme on a pu le croire, les dernières découvertes établissant que les êtres humains actuels sont arrivés plus tôt qu’attesté précédemment en Australie comme en Amérique, et même à Madagascar. C’est donc la densification croissante des peuplements et la chasse renouvelée qui ont eu raison de tant d’espèces qui font à présent défaut à la vie sauvage actuelle.

Un phénomène ancien mis à jour

La première extinction de masse répertoriée qui puisse être imputable à des êtres humains remonte à la fin du Pléistocène, il y a 30 000 ans en Australie. Les premiers Aborigènes avaient exploré le plus petit des continents 20 000 ans plus tôt, mais leur population s’était progressivement accrue. Leur culture et quelques fresques ont conservé le souvenir du « Temps du rêve » (Dreamtime), l’époque à laquelle ce nouveau monde abondait en gibier et animaux géants. Ceux-là incluaient des marsupiaux aussi grands que des rhinocéros comme Diprotodon, Zygamaturus et Palorchestes vraisemblablement pourvu d’une courte trompe, un kangourou atteignant 4 mètres de haut, Procoptodon, des formes carnivores et notamment Thylacoleo (le Lion marsupial) et le Thylacine (le Loup marsupial), des oiseaux coureurs de grandes dimensions comme Bullockornis, de même qu’en ce qui concerne les reptiles, un varan faisant largement le double du Varan de Komodo, Megalania, le dernier des grands crocodiles terrestres de longueur équivalente, Quinkana, de très grosses tortues cornues et des serpents constricteurs de 10 mètres de long comme Wonambi. Des sites ont livré des traces de dépeçage des proies géantes. On ne retrouve plus de fossiles de ces animaux dans les terrains plus récents que ceux du Pléistocène.

Les vagues d’extinctions ultérieures survinrent à la dernière période, celle de l’Holocène, qu’on appelle aussi Anthropocène. Il est manifeste qu’en Amérique, particulièrement en Amérique du Sud, tous les grands animaux se sont éteints entre 12 000 et 8 000 ans lorsque les Amérindiens ont vu la taille de leurs communautés s’accroître. Il y a environ 10 000 ans, l’Amazonie était maillée par de petites populations totalisant selon les estimations un million d’individus. S’éteignirent alors les derniers grands ongulés géants indigènes dont Darwin étudia les squelettes, le Macrauchenia (Litopterne) aux allures de lama peut-être pourvu d’une trompe et le Toxodon (Notongulé) à l’apparence d’hippopotame, les différentes espèces de mastodontes comme Cuvieronus venues auparavant du Nord et les Xénarthes géants, à savoir les Glyptodontes parents des tatous aussi gros que des voitures et les différentes espèces de paresseux terrestres dont Megatherium qui, dressé sur ses pattes postérieures, pouvait culminer à 6 mètres de haut. Les chevaux (Hippidion ainsi que le cheval moderne Equus caballus) avaient totalement disparu sur l’ensemble du continent américain avant que les conquérants venus d’Europe n’en importent de domestiqués.

Par la suite, les mondes encore inaccessibles que représentaient les îles ont été investis par les premiers arrivants et, au fur et à mesure de l’occupation de l’espace et de la pression de la chasse, les espèces locales les plus spectaculaires ont disparu bien avant l’arrivée des Européens. Tous les oiseaux coureurs de Nouvelle-Zélande (moas, Dinornis et formes analogues), l’énorme oiseau-éléphant (Aepyornis) et les lémuriens aussi imposants que des gorilles comme Megaladapis à Madagascar, ainsi que toutes les formes anciennes apparentées aux espèces australiennes ont été décimées dans les archipels du Pacifique comme la Nouvelle-Calédonie, les Fidji et le Vanuatu, avec l’extinction des derniers crocodiles terrestres (de petits animaux parfois arboricoles) comme Mekosuchus et Volia, de même que nombre de tortues géantes dont celles pourvues de cornes du genre Meiolania. Les Européens ont aussi contribué aux extinctions avec le Dodo de l’île Maurice, l’Aurochs des forêts polonaises, les dernières vaches marines géantes (Rythine de Steller, Hydrodamalis gigas) qui avaient échappé à la chasse par les Améridiens sur les côtes du Pacifique en se réfugiant dans les eaux glacées du Kamatchatka mais ont été en un quart de siècle exterminées en même temps qu’une espèce de cormoran aptère à la suite de leur découverte par la Seconde Expédition Bering, le grand Pingouin (Pinguinus impennis), équivalent écologique des manchots pour l’hémisphère Nord, les derniers loups marsupiaux qui avaient survécu sur l’île de Tasmanie, ainsi qu’en Afrique du Sud, une antilope, l’Hippotrague bleu, et le demi-zèbre Quagga. Le processus est continu, vers l’an 2000 ont disparu les derniers grands animaux des fleuves chinois, le dauphin d’eau douce propre au pays et seul représentant de sa famille, Lipotes vexillifer, et une spatule, parent de l’esturgeon au museau aplati, Psephurus gladius, victimes des barrages, démontrant que certains modes d’énergie présentés comme plus propres n’en ont pas moins un impact délétère voire fatal sur l’écosystème et sa faune, ce problème se posant également en Amazonie où il est question d’inonder des régions entières riches en biodiversité. Un ver de terre géant (famille des Mégascolecidés) spécifique au Lac Pedder en Tasmanie, Hiypolimnus pedderensis, s’est éteint après l'installation d'une centrale hydroélectrique. Les braconniers ont eu raison de la sous-espèce de Rhinocéros noir de l’Ouest Diceros bicornis en 2011 et de celle du Rhinocéros blanc du Nord Ceratotherium simum en 2018.

La responsabilité humaine en question

La seule région du monde dans laquelle les grands animaux avaient jusqu’à présent été préservés en nombre est l’Afrique, probablement à la fois parce qu’elle a été davantage épargnée par les variations climatiques relatives aux périodes de glaciation, mais aussi parce que le genre humain y est apparu et que depuis 3 millions d’années, la grande faune a dû apprendre à survivre avec ce nouveau type de prédateur. Les premiers hominiens modernes comme l’Homo erectus chassaient déjà l’Hippopotame amphibie Hippopotamus amphibius à cette époque, tout comme le faisaient les Égyptiens au temps des Pharaons et cette chasse est toujours pratiquée par les Subsahariens. De ce fait, l’Hippopotame est devenu l’animal le plus dangereux d’Afrique pour les êtres humains, tuant les touristes qui les approchent de trop près. Cependant, les individus qui côtoient les êtres humains à proximité d’un village et ne se sentent pas menacés tendent à se montrer placides. La chasse à l’Hippopotame a donc eu pour effet de sélectionner des animaux attachés à se protéger avec férocité. À l’inverse, son proche parent a disparu d’Asie il y a plus de 10 000 ans, à l’instar des Marsupiaux géants australiens et des gigantesques Paresseux géants américains pourtant dotés de griffes redoutables. Les animaux qui n’avaient jamais rencontré d’êtres humains étaient « naïfs », de telle sorte que ces créatures pacifiques qui se croyaient protégées par leur taille n’ont pas eu le temps de s’adapter à ces chasseurs d’un nouveau type. À cela on peut aussi ajouter que les Rythines de Steller Hydrodamalis gigas manifestaient un attachement familial qui amenaient mères et même mâles à se laisser massacrer en même temps que leur petit.

Des chercheurs se sont régulièrement efforcés de relativiser la responsabilité des êtres humains dans cette dévastation, allant jusqu’à proposer qu’une chute de petites météorites à la fin du dernier âge glaciaire ait eu des incidences fatales sur les Mammouths d’Amérique du Nord. Il est en effet possible que la prédation humaine se soit ajoutée à des bouleversements climatiques. Ainsi, même les Dodos de l’île Maurice, chassés jusqu’au dernier par les Portugais puis par les Hollandais, avaient vu leur population fragilisée un peu auparavant par un ouragan virulent, tout comme l’Oiseau éléphant de Madagascar avait récemment affronté une sécheresse intense. Néanmoins, le rôle déterminant des êtres humains est flagrant. Il existait auparavant des éléphants ou des mastodontes de petite taille pratiquement dans le monde entier, en Sicile (la découverte ultérieure de leur crâne par des marins avec l’orifice central d’insertion de la trompe a sans doute engendré la légende homérique des Cyclopes), au Japon ou encore aux Philippines, de même on trouvait de petits hippopotames aussi bien à Chypre qu’à Madagascar, lesquels étaient des proies faciles – dans les îles méditerranéennes, on les précipitait peut-être des falaises comme les chevaux de la roche de Solutré à la Préhistoire.

Il y a eu plusieurs vagues de glaciations et de réchauffements, mais les mammouths avaient survécu jusqu’à ce que les hommes les chassent, et des mammouths nains isolés ont subsisté plus longtemps aux alternances glaciaires/interglaciaires dans les îles, notamment sur celle sibérienne de Wrangel jusqu’à l’époque des Pharaons vers -1780 avant J.-C. jusqu’à l’arrivée des humains. De même, le Sud de l’Australie subit régulièrement de terribles périodes d’aridité, mais la mégafaune s’est toujours adaptée jusqu’à l’implantation humaine significative, laquelle a aussi pu altérer l’environnement par la technique du brûlis, même contrôlée. Les mastodontes ont tous disparu d’Amérique, pourtant on trouvait notamment en Amérique du Sud deux types de proboscidiens, l’un dont la dentition était appropriée pour manger les feuilles d’arbres, un autre dont les molaires broyaient les herbes ; or quelque fussent les changements au niveau de la végétation qui auraient pu privilégier une des deux lignées, elles se sont toutes les deux éteintes simultanément.

Plus évocateur encore, après la formation de l’Isthme de Panama qui a relié l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, les paresseux terrestres se sont adaptés à tous les milieux, de la pointe du Chili au climat rigoureux de l’Alaska, et jusqu’à Cuba, mais tous ont disparu. Les espèces de paresseux terrestres qui vivaient dans les îles, des Mégalonychidés comme Megalocnus, ont subsisté des milliers d’années supplémentaires, d’après une datation au carbone 14. Des Européens comme Christophe Colomb auraient pu croiser les tout derniers jusqu’en 1550, même si cette estimation chronologique est discutée. Il est en tout cas incontestable que des paresseux terrestres, de taille moins impressionnante que leurs cousins continentaux, ont vécu au minimum 6 000 ans de plus qu’eux, ce qui s’explique par l’arrivée plus tardive des peuples amérindiens dans ces isolats plutôt que par les variations climatiques qu’ont également connues leurs parents du continent. Même si les preuves de chasse n’ont pas encore été mises en évidence, l’occupation humaine n’a fait que repousser ces animaux discrets qui recherchaient le calme des grottes. Pareillement, les derniers oiseaux coureurs géants de Madagascar et de Nouvelle-Zélande ont dû trouver un refuge provisoire dans les zones les plus boisées et sont devenues des légendes à l’arrivée des Blancs.
Enfin, les tortues géantes terrestres et les formes cornues de l’hémisphère Sud de la famille des Méiolanidés comme la néo-calédonienne Meiolania et l’australienne Ninjemys ne sont pas des espèces devenues géantes par suite des spécificités de l’insularité, mais elles étaient répandues dans le monde entier et ont disparu dès que les humains ont investi le territoire, en Afrique il y a 3 millions d’années, en Australie il y a 30 000 ans, en Asie et en Amérique il y a environ 10 000 ans, et dans les îles à partir des 1 500 dernières années jusqu’à ce qu’enfin, celles des archipels des Seychelles et des Galápagos fassent l’objet de mesures de protection. La date de disparition de ces grands chéloniens dans chaque région indique indubitablement la période à laquelle les occupants humains ont investi le territoire et la carapace analogue des parents géants des tatous d’Amérique du Sud ne s’avéra pas plus une protection suffisante contre ce nouveau genre de prédateurs.

Les diverses conséquences de la prédation humaine

La spécificité humaine est que la chasse est non ciblée, contrairement aux prédateurs des écosystèmes qui attaquent les individus les plus vulnérables et même les malades, contribuant ainsi à une sélection génétique profitable à l’espèce chassée. Les êtres humains peuvent aussi bien traquer les petits, plus faciles à attraper, que les adultes, par défi comme pour les défenses de mammouth et les cornes. Dans la nature, une femelle dont la portée est décimée peut toujours se reproduire de nouveau. Lorsque le mâle dominant ou la matriarche dans le cas des troupeaux d’éléphantes est tué, c’est le groupe en entier qui est mis en danger.
Même les animaux qui n’ont pas disparu ont dû réduire leur aire de répartition. Il a ainsi été trouvé en 2006 des restes de morses fossiles sur la Côte du Maroc, quand les premiers chasseurs humains (Homo erectus, Homo faber) commençaient à chasser avec efficacité à l’aide d’outils et de manière sans doute organisée. On trouvait encore des morses dans la Mer du Nord à l’époque des Gaulois. Il semble donc que la population de ce pinnipède a dû se réfugier sous des latitudes toujours plus inhospitalières, en se rapprochant du Cercle arctique pour survivre, comme l’avaient fait avec succès, dans un premier temps, les dernières vaches marines géantes. De même, on trouvait encore des élans dans le Nord de la France au Moyen Âge. Acculé dans les montagnes et rejeté par les éleveurs qui ne voulaient pas d’hybridation avec leur troupeau, le petit
cheval européen appelé tarpan a lui disparu à la même époque de France, demeurant en revanche dans la nature polonaise jusqu’en 1909.

Le processus de refoulement de la faune se poursuit. De nombreuses études attestent que cerfs, sangliers, renards ou tigres manifestent une nette tendance à accroître leur activité nocturne, de l’ordre de 68 % afin d’éviter les contacts avec les êtres humains. L’éclairage nocturne des villes perturbe aussi le comportement d’animaux comme les chauves-souris et les rongeurs, dits lucifuges car ils fuient la lumière, ou bien désoriente insectes volants et oiseaux migrateurs. On désigne ces phénomènes respectivement sous les termes de phototaxie négative et positive. On estime que 150 insectes meurent épuisés ou brûlés chaque nuit d’été sous un lampadaire.

En dehors de l’Afrique, à l‘exception de quelques rares espèces d’Asie (les rhinocéros indien, de la Sonde et de Sumatra, l’éléphant pygmée de forêt de Bornéo) et de cervidés tels que l’élan des régions froides de l’hémisphère Nord (appelé orignal au Canada), les Mammifères terrestres d’assez grande taille qui ont survécu sont essentiellement celles que l’homme a eu intérêt à conserver pour les domestiquer, même si une partie de leur population a pu demeurer ou retourner à l’état sauvage. Il en est ainsi dans le Vieux monde, (cela n’a pas été le cas du Nouveau monde après l’arrivée des Amérindiens) des équidés que sont les chevaux et les ânes (bien que le cheval sauvage dit de Przewalski des steppes est pratiquement éteint et le tarpan évoqué plus haut a disparu), des rennes (aussi désignés sous le nom de caribous), des camélidés tels que les lamas en Amérique du Sud, les chameaux en Mongolie, les dromadaires dans le Sahara, des bovins comme les yaks en Sibérie et les buffles asiatiques, du boeuf musqué ou encore des éléphants d’Asie utilisés comme montures pour la chasse, le transport ou pour les lourds travaux. Tous les autres ont a contrario été chassés jusqu’au dernier individu.

Quant aux prédateurs, ils sont, à la suite du Thylacine de Tasmanie Thylacinus cynocephalus accusé assez injustement de s’attaquer aux moutons, éliminés par les éleveurs, empoisonnés comme les chacals en Italie et les lions en Afrique. Le dernier lion de l’Atlas à l’état sauvage fut vraisemblablement abattu en 1942 à Taddert au Maroc. Trois des neuf sous-espèces de tigre, le tigre de la Caspienne, le tigre de Bali ainsi que le tigre de Java, sont considérées comme disparues depuis des décennies. Le loup japonais a disparu au début du XXème siècle à la suite d’une campagne d’extermination intense et un certain nombre d’ours pyrénéens, notamment Cannelle, dernière représentante de la population indigène, ont été abattus à l’insu des autorités.

La prise de conscience du risque d’extinction est ancienne, mais survient souvent trop tardivement. Des citoyens russes étaient parvenus, à la suite de la signature d’une pétition en 1755, à retenir fructueusement l’attention des autorités sur la menace imminente pesant sur les vaches marines géantes (la population réfugiée dans ce qui a été nommé Mer de Béring était limitée à 2000 individus) et la chasse de ces paisibles mammifères siréniens a été interdite, mais le nombre résiduel était si faible que l’espèce s’éteignit en 1768, soit 27 ans après leur découverte. De la même façon, alors qu’il y avait eu des primes décernées aux chasseurs qui tuaient le dernier grand marsupial carnivore, le Thylacine, en Tasmanie, il fut décidé bien tardivement de le protéger, mais les derniers moururent simultanément dans la nature et au Zoo de Hobart, tout comme le pigeon migrateur qui était si abondant que le vol de millions d’individus obscurcissait le ciel, et qu’on chassa tant aux États-Unis que l’espèce s’éteignit après la mort de Myrtha, le dernier spécimen détenu en captivité. Il est aussi arrivé que ceux-là mêmes qui s’intéressent à la nature éradiquent une population entière. Le dernier couple de grand Pingouin qui fut autrefois largement présent dans l’hémisphère Nord a été tué en 1844 à l’initiative d’un collectionneur tandis qu’un des chasseurs empressés piétinait l’oeuf couvé, mettant ainsi fin conjointement à la famille et à l’espèce.

En 1968, les entomologistes eux-mêmes parvinrent par leurs collectes sans mesure à l’éradication à Rovinj en Croatie de toute une population d’embioptères, membres d’un petit ordre d’insectes ayant perdu secondairement leurs ailes et vivant dans des galeries de soie. En Afrique, deux espèces de cycades, plantes contemporaines des dinosaures, sont pratiquement considérées comme éteintes à cause des prélèvements systématiques par des botanistes. Une raison encore plus absurde menace un petit coléoptère prédateur aveugle vivant dans des grottes slovènes : admirateur du chancelier allemand de l’époque, un entomologiste amateur a conféré en 1937 à sa découverte le nom d’espèce d’Anophthalmus hitleri ; depuis, des nostalgiques du dictateur le prélèvent en lui faisant courir le risque d’extinction, flattés qu’il mette malgré lui à l’honneur le nom de leur idole, et on rapporte même qu’à l’inverse, d’autres fanatiques le détruiraient pour effacer toute trace de cet hommage. Le braconnage et le trafic d’espèces protégées constituent aussi une part importante de la menace et les criminels ont été jusqu’à abattre pendant la nuit, en 2017, un Rhinocéros blanc dans son enclos de la réserve de Thoiry à Paris pour lui prendre ses cornes. En 2023 trois jeunes chimpanzés qui avaient été recueillis dans un sanctuaire ont été enlevés pour exiger une très forte rançon et on ne sait ce qu’ils sont devenus, tandis que les auteurs de ces différents faits n’ont jamais été identifiés.

Ces extinctions altèrent l’écosystème. Ainsi la disparition des moas en Nouvelle-Zélande a mis fin à la dissémination de graines qu’ils assuraient au travers de leurs déjections, limitant le renouvellement des espaces boisés, et il en va de même avec nombre de mammifères végétariens dont la population diminue. L’action humaine a aussi des incidences indirectes sur la faune comme cela a été évoqué plus haut pour les barrages. Le détournement de l’eau pour l’irrigation des cultures a des effets catastrophiques en Afrique pour les animaux de certaines régions dès lors soumises à une sécheresse cruelle, entraînant pas exemple d’impitoyables combats entre Hippopotames pour occuper les mares boueuses qui subsistent des cours d’eau et les agriculteurs ont transformé en véritable désert les zones naturelles du Sud de l’Australie, lesquelles devaient déjà supporter régulièrement des épisodes récurrents d’aridité auxquels s’ajoutent les effets du changement climatique, de sorte qu’on a fini par y introduire des dromadaires dont les larges narines parviennent à capter l’humidité de l’air. Par ailleurs, la démographie croissante, notamment dans les pays subsahariens comme le Nigeria, fait planer un autre risque très préoccupant sur les forêts primaires dans lesquelles subsistent encore des espèces devenues rares comme les Hippopotames nains et les grands singes.

La surpêche, qui a d’abord vidé les eaux douces de poissons en nécessitant de se tourner ensuite vers les espèces marines, a tant diminué les populations océaniques, notamment avec les filets dérivants si destructeurs y compris dans des zones théoriquement classées réserves naturelles, que leurs proies comme les méduses prolifèrent, et qu’on approvisionne à présent les étals avec des espèces des profondeurs dont les consommateurs estiment souvent l’apparence assez rebutante comme la baudroie vendue sous le nom de lotte. Les abysses ne sont plus prémunis de l’avidité humaine. L’océanographe Jacques Piccard qui avait exploré la fosse des Mariannes avait obtenu qu’on n’y jette pas des déchets nucléaires afin de préserver l’extraordinaire faune qui y vit, mais actuellement, l’aspiration croissante à moissonner les fonds pour exploiter les nodules métalliques fait courir une nouvelle menace dramatique sur ces fragiles communautés étant parvenues à s’adapter remarquablement aux conditions les plus extrêmes, même si les associations ont pu obtenir en 2022 l’adoption d’un moratoire sur l’exploitation des ressources minières sous-marines. Le gastéropode écailleux (Chrysomon squamiferum), seul représentant de sa classe ayant développé des écailles pour se protéger de conditions environnementales difficiles, a été classé en 2019 sur la liste rouge des espèces menacées, d’autant qu’aucune mesure de protection n’a été imposée par l’autorité en charge de la haute mer qui a délivré sur plusieurs sites l’autorisation d’exploitation minière.

Bien peu d’espèces échappent aux menaces causées par l’espèce humaine, jusqu’aux formes de vie les plus modestes ; un chercheur a publié en 1987 la liste des mousses et espèces apparentées en voie d’extinction au Luxembourg. Comme les Batraciens qui respirent en partie par la peau, les mousses présentent une physiologie héritée de leurs ancêtres aquatiques et sont de ce fait plus exposées à la pollution que les formes plus conformées pour la vie terrestre et dotées d’un revêtement moins perméable, ce qui fait de ces espèces des indicateurs de la dégradation des milieux.

Des actions déterminées ont eu malgré tout quelques effets. Aux Indes, des Britanniques organisateurs de safaris prenant conscience de la raréfaction de la grande faune initièrent dans les années 1930 la création de réserves et l’Afrique du Sud où la chasse intensive avait causé l’extinction de l’Hippotrague bleu et du Quagga est devenue dans la seconde partie du XXème siècle exemplaire en matière de politique de conservation des espèces sauvages, servant internationalement de modèle aux protecteurs de la nature. Le Bison d’Amérique comme le Bison d’Europe ont pu être sauvés in extremis, tout comme le Tamarin doré d’Amazonie, un petit primate, grâce à l’investissement d’un naturaliste amateur qui a effectué un recensement et obtenu la protection de l’aire concernée. Le Gavial, crocodilien piscivore à long museau, est quant à lui très menacé par la pollution du Gange, mais une prise de conscience amène, avec le concours des populations locales, à protéger les derniers isolats, en prenant notamment soin de leurs oeufs. Une espèce insulaire de phasme géant, victime des animaux domestiques importés par l’homme, Dryococelus australis, a pu être retrouvée in extremis sur des rochers hors d’atteinte des prédateurs sur l'Île Lord Howe et ainsi repeupler son biotope après une reproduction organisée en captivité. Chacun a aussi en mémoire la figure iconique de Dian Fossey qui a été assassinée pour s’être investie dans la défense des Gorilles de montagnes, volontarisme sans concession qui a été couronné de succès. Elle n’est malheureusement pas seule à avoir perdu la vie dans de semblables circonstances en contrepartie d’un engagement total au service la protection de la nature, notamment la défense des forêts tropicales primaires en Amazonie, Afrique et Asie du Sud-Est.

 ♦ Équivalent étranger : Sixth extinction.