Le complexe des trois singes. Sur un certain journalisme primatologique
Si on distingue le travail scientifique des primatologues de l’interprétation qu’en donnent ceux qui s’adressent au grand public, alors on aperçoit du côté de ce « journalisme primatologique » un véritable excès. C’est une chose, ô combien nécessaire et légitime, de vouloir naturaliser l’humain au vu des similitudes que la primatologie découvre chaque jour plus nombreuses entre les comportements des primates humains et non humains ; c’en est une autre, beaucoup moins évidente, de radicaliser ce naturalisme sous la forme d’un réductionnisme aveugle à tout ce qui peut faire la spécificité des comportements humains. C’est ce que nous appellerons le « complexe des trois singes ».On reviendra ainsi sur cette série de « scoops » censés nous apprendre que « le Langage », « la Conscience de soi », « l’Outil » ne sont plus le propre de l’homme. On exhibera la logique de ce discours, en pointant les différents excès qui y sont à l’œuvre. Et on tentera alors, à titre de réponse possible, de donner une version crédible et non métaphysique de la spécificité humaine, au sein de ce qu’on appellera, avec John McDowell, un « naturalisme de la seconde nature ».